Pour certaines femmes, la périménopause ne se limite pas aux bouffées de chaleur ou aux cycles
irréguliers : c’est aussi le moment où des difficultés d’organisation, d’attention ou de
régulation émotionnelle, présentes depuis toujours mais compensées tant bien que mal, deviennent
soudain ingérables. Un lien précis entre hormones féminines et trouble du déficit de l’attention
avec ou sans hyperactivité (TDAH) commence à être documenté par la recherche.
En bref. Chez les femmes qui vivent avec un TDAH, la périménopause peut
s’accompagner d’une aggravation des symptômes attentionnels, émotionnels et organisationnels.
Le mécanisme avancé repose sur le rôle des œstrogènes dans la régulation des systèmes
dopaminergique et noradrénergique, déjà impliqués dans le TDAH. C’est aussi une période où de
nombreuses femmes découvrent, souvent tardivement, qu’elles vivent avec un TDAH resté longtemps
compensé.
Information et non diagnostic. Cet article a une vocation informative et ne
remplace pas une consultation médicale. Seul un professionnel de santé formé au TDAH (médecin,
psychiatre, neuropsychologue) peut poser un diagnostic et orienter vers une prise en charge
adaptée.
Qu’est-ce que le TDAH, en quelques mots
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) désigne un
trouble neurodéveloppemental caractérisé par des difficultés durables de régulation de
l’attention, de l’impulsivité et, selon les formes, de l’hyperactivité motrice. Il apparaît dans
l’enfance mais reste, chez de nombreuses femmes, sous-diagnostiqué ou diagnostiqué tardivement,
notamment parce que ses manifestations féminines sont plus souvent internes (rêverie,
désorganisation, hypersensibilité émotionnelle) que les formes hyperactives plus visibles
observées chez les garçons.
Une revue intégrative publiée en 2025 dans BMC Women’s Health, portant sur des études
couvrant l’adolescence, la période périnatale et la ménopause, souligne que les filles et femmes
avec un TDAH connaissent fréquemment un diagnostic retardé ou une erreur de diagnostic, avec un
risque accru d’anxiété, de dépression et de stratégies d’adaptation inadaptées quand le trouble
n’est pas identifié (Krebs & Donnellan-Fernandez, 2025, DOI
10.1186/s12905-025-04123-1). Les auteures identifient les transitions hormonales, dont la
ménopause, comme l’un des moments clés où le trouble devient plus visible.
Le lien entre œstrogènes et attention
Le mécanisme le plus souvent avancé pour expliquer ce lien repose sur le rôle des œstrogènes
dans la régulation du système dopaminergique, un réseau de neurotransmission central dans le
fonctionnement de l’attention, de la motivation et de la récompense, et dont le dérèglement est
un des mécanismes centraux identifiés dans le TDAH.
Ce que dit la science. Une revue publiée en 2025 dans European Journal
of Neuroscience rappelle que les œstrogènes augmentent la synthèse, la transmission et la
régulation de la dopamine dans plusieurs circuits cérébraux (Bentall & Parr-Brownlie, 2025,
DOI
10.1111/ejn.70144). Chez une femme déjà concernée par un TDAH, dont le fonctionnement
dopaminergique est atypique, la baisse et l’instabilité des œstrogènes en périménopause
pourraient donc avoir un effet plus marqué que chez une femme neurotypique, bien que les
mécanismes précis restent encore en cours d’exploration.
Un article de synthèse clinique publié en 2025 dans European Psychiatry par une équipe
spécialisée dans le TDAH féminin détaille comment les fluctuations hormonales, du cycle
menstruel à la ménopause en passant par le post-partum, affectent la sévérité des symptômes,
l’humeur, le sommeil et même l’efficacité perçue des traitements chez les femmes concernées
(Wynchank, de Jong & Kooij, 2025, DOI 10.1192/j.eurpsy.2025.10120). Les auteurs notent que le
TDAH peut s’aggraver pendant la périménopause et la ménopause, avec une augmentation des
troubles de l’humeur et du sommeil venant s’ajouter aux difficultés attentionnelles.
Pourquoi tant de femmes découvrent leur TDAH à cet âge
Beaucoup de femmes diagnostiquées TDAH à 40 ou 50 ans racontent la même chose : elles ont
« tenu » pendant des décennies grâce à des stratégies de compensation, souvent construites sans
même en avoir conscience, listes, routines rigides, anxiété de performance canalisée en
productivité. La périménopause fragilise justement ces stratégies : la fatigue, le brouillard
mental et l’instabilité émotionnelle qui l’accompagnent réduisent la capacité à compenser, et ce
qui était géré tant bien que mal devient soudain visible et envahissant.
Une étude qualitative menée en 2026 auprès de dix-neuf femmes vivant avec un TDAH en Irlande,
publiée dans Women’s Health, décrit précisément ce vécu : les participantes rapportent
une aggravation des symptômes liés au TDAH et de la santé mentale pendant la périménopause, un
impact sur leur rapport au corps notamment via les symptômes sexuels, mais aussi le rôle
important d’une prise en charge intégrée associant suivi TDAH et accompagnement de la
périménopause (Kini-Seery et al., 2026, DOI 10.1177/17455057261450178). Les auteures soulignent
aussi que certaines femmes développent, malgré la difficulté de cette période, une meilleure
compréhension et une forme de compassion nouvelle envers leur propre fonctionnement.
TDAH ou brouillard mental de la périménopause : comment distinguer
Les deux tableaux se recoupent sur plusieurs symptômes, ce qui complique le repérage. Le
tableau ci-dessous propose des repères généraux, à interpréter avec prudence : seul un bilan
spécialisé permet de trancher.
| Repère | Plutôt TDAH | Plutôt brouillard mental de la périménopause |
|---|---|---|
| Ancienneté | Difficultés présentes depuis l’enfance ou l’adolescence, avec des hauts et des bas | Apparition ou aggravation nette après 40-42 ans |
| Contexte | Difficultés dans plusieurs domaines de vie depuis longtemps (scolarité, travail, organisation) | Gêne concentrée sur la période actuelle, sans antécédent marqué |
| Évolution | Fluctue mais reste globalement stable dans le temps, hors périodes hormonales sensibles | Tend à s’atténuer après la ménopause installée |
| Sphère émotionnelle | Hypersensibilité émotionnelle et rejet de l’échec souvent présents de longue date | Irritabilité et anxiété plus directement liées aux symptômes récents |
Dans les faits, les deux peuvent coexister : un TDAH ancien, resté compensé, peut se démasquer
justement à la faveur du brouillard mental de la périménopause qui vient fragiliser les mêmes
fonctions attentionnelles. C’est pourquoi une évaluation par un professionnel formé au TDAH
adulte reste la seule façon fiable de clarifier la situation.
Ce que la prise en charge peut inclure
Une revue narrative publiée en 2026 dans Drugs & Aging souligne que la prise en
charge pharmacologique du TDAH chez les femmes en périménopause, ménopause et post-ménopause
reste peu étudiée par des essais cliniques randomisés spécifiques à cette population, la
pratique actuelle s’appuyant largement sur un consensus d’experts et l’extrapolation de données
issues de cohortes plus jeunes (Wynchank & Kooij, 2026, DOI
10.1007/s40266-026-01291-z). Les auteurs évoquent notamment le rôle potentiel du traitement
hormonal de la ménopause comme stratégie complémentaire pour certains symptômes d’humeur, de
sommeil et cognitifs, à discuter au cas par cas avec un médecin.
Cet article ne recommande aucun traitement, médicamenteux ou hormonal : il s’agit d’un champ de
recherche encore jeune, qui nécessite un accompagnement individualisé. Ce que ces travaux
apportent, en revanche, c’est une validation scientifique d’un vécu que beaucoup de femmes
avaient jusqu’ici du mal à faire reconnaître, y compris parfois par leur propre entourage
médical.
Conclusion
Le lien entre périménopause et TDAH n’est plus une hypothèse marginale : il repose sur des
mécanismes hormonaux identifiés et sur un corpus de recherche récent qui documente
l’aggravation des symptômes pendant cette transition. Pour beaucoup de femmes, mettre un nom sur
ce qui se joue, qu’il s’agisse d’un TDAH ancien qui se démasque ou d’un TDAH déjà connu qui
s’intensifie, est déjà une étape importante. La suite passe par un accompagnement spécialisé,
seul en mesure de proposer une prise en charge individualisée.
Questions fréquentes
Pourquoi le TDAH peut-il s’aggraver à la périménopause ?
Les œstrogènes participent à la régulation du système dopaminergique, déjà central dans le
TDAH. Leur baisse et leurs fluctuations en périménopause peuvent accentuer les symptômes déjà
présents.
Quelle hormone est associée au TDAH chez la femme ?
Les œstrogènes sont l’hormone la plus étudiée en lien avec le TDAH féminin, en raison de leur
rôle dans la modulation des systèmes dopaminergique et noradrénergique.
Pourquoi certaines femmes découvrent-elles leur TDAH à la périménopause ?
Les stratégies de compensation développées au fil des années peuvent devenir insuffisantes
quand la baisse hormonale accentue les symptômes, ce qui rend le trouble plus visible à cet
âge.
Le TDAH empire-t-il en vieillissant ?
Le TDAH ne s’aggrave pas mécaniquement avec l’âge, mais certaines périodes de transition
hormonale, dont la périménopause, peuvent temporairement intensifier les symptômes chez les
femmes concernées.
Le brouillard mental de la périménopause est-il différent du TDAH ?
Les deux se chevauchent sur certains symptômes, mais le TDAH est un trouble
neurodéveloppemental présent depuis l’enfance, alors que le brouillard mental de la
périménopause est un phénomène transitoire lié à la transition hormonale.
Sources
- Krebs K., Donnellan-Fernandez R., « Integrative literature review, the impact of ADHD across women’s lifespan », BMC Women’s Health, 2025 — DOI 10.1186/s12905-025-04123-1
- Bentall L.M., Parr-Brownlie L.C., « Sexual Dimorphism in Levodopa-Induced Dyskinesia Following Parkinson’s Disease », European Journal of Neuroscience, 2025 — DOI 10.1111/ejn.70144
- Wynchank D., de Jong M., Kooij S.J.J.S., « Practical tools for female-specific ADHD: The impact of hormonal fluctuations in clinical practice and from the literature », European Psychiatry, 2025 — DOI 10.1192/j.eurpsy.2025.10120
- Kini-Seery C. et al., « Hormones rule me: A qualitative exploration of the impact of perimenopause on women with ADHD », Women’s Health, 2026 — DOI 10.1177/17455057261450178
- Wynchank D., Kooij S., « Pharmacological Management of ADHD in Women Across Perimenopause, Menopause and Post-Menopause », Drugs & Aging, 2026 — DOI 10.1007/s40266-026-01291-z
- Ameli.fr (Assurance Maladie) — Périménopause (préménopause) : symptômes et contraception